D’où viennent ces différences ? Comprendre la mécanique
La cause du lupus change la façon dont le système immunitaire s’emballe
Le lupus systémique et le lupus induit se ressemblent, mais la façon dont ils sont déclenchés est différente, ce qui explique la signature d'anticorps propre à chaque forme.
-
Lupus systémique : la cause est multifactorielle (génétique, environnement, influence hormonale...). Le système immunitaire dérape de manière complexe, ce qui explique la fabrication d’anticorps très variés (anti-ADN natif, anti-Sm, anti-RNP...).
-
Lupus induit : le système immunitaire est stimulé par un médicament particulier. Le médicament modifie certaines protéines (notamment les histones, sortes de "bobines" autour desquelles l’ADN s’enroule), donnant l'impression que ces protéines sont étrangères. Le système immunitaire se focalise donc sur elles et produit surtout des anticorps anti-histone.
Autrement dit, dans le lupus induit, le médicament dirige l’attaque contre une cible précise (les histones), alors que dans le lupus systémique, l’attaque est plus large et touche différentes structures du noyau cellulaire.
Le rôle clé des médicaments dans le lupus induit
Plus de 80 médicaments sont aujourd’hui reconnus comme pouvant provoquer un lupus induit – les plus connus sont l’hydralazine (antihypertenseur), la procaïnamide (anti-arythmique) et certains anti-TNF (source : Frontiers in Medicine).
La plupart de ces médicaments agissent soit en modifiant la structure de certaines protéines, soit en perturbant la régulation de l’immunité. Par conséquent, l’organisme repère ces protéines modifiées ou ces signaux inhabituels et, croyant faire face à un agresseur, fabrique surtout des anticorps anti-histone. Dans les études, jusqu’à 95% des patients ayant un lupus induit ont des anticorps anti-histone, alors que ce chiffre ne dépasse pas 60% dans le lupus systémique.
Présence et absence d’anticorps : l’exemple marquant de l’anti-ADN natif
L’anticorps anti-ADN natif est très spécifique du lupus systémique (présent chez environ 70% des patients avec lupus systémique actif, source : StatPearls), mais il est quasiment absent dans le lupus induit, où il ne dépasse pas 5%. Cet anticorps est en partie responsable des formes rénales du lupus, très rares dans le lupus induit puisque ce dernier s'arrête en général après l'arrêt du médicament incriminé.